En décembre dernier, Claudine Gallagher, Responsable du Métier Securities Services de BNP Paribas, et Patrick Colle, Président Exécutif de Securities Services et Président de l’Activité Financial Institutions Coverage, se sont entretenus avec l’Agefi. Au cours de cet entretien, Claudine et Patrick évoquent la transition managériale du métier titres de BNP Paribas, ses récentes réalisations et priorités futures. Retrouvez l’intégralité de l’article ci-dessous.
Claudine Gallagher et Patrick Colle: « Le métier titres de BNP Paribas est dans le trio de tête mondial en termes de croissance »
Publié dans L’Agefi Asset Management le 18 décembre 2025
Entretien mené par Réjane Reibaud et Adrien Paredes-Vanheule
À la tête du métier titres de BNP Paribas depuis quinze ans, Patrick Colle passe officiellement la main à Claudine Gallagher en janvier. Bilan et perspectives.

Claudine Gallagher, responsable du métier Securities Services de BNP Paribas, et Patrick Colle, président exécutif de Securities Services et président de l’activité Financial Institutions Coverage (FIC) – REA
Patrick Colle, vous passez la main début janvier 2026 après quinze années à la tête du métier titres de BNP Paribas. Quel regard portez-vous sur cette période ?
Patrick Colle – L’année 2025 qui se clôture marque un double anniversaire. Cela fait dix ans que le métier titres est pleinement intégré dans le pôle de banque d’investissement (CIB) de BNP Paribas. Cela fait en outre trente ans que l’activité a été créée, notamment grâce à l’acquisition des activités européennes de conservation de JPMorgan. Cette année sera aussi solide. Si l’on neutralise l’effet de change négatif lié à la baisse du dollar, la croissance ressort à plus de 11 % sur le premier semestre 2025. Cela nous porte dans le trio de tête mondial du point de vue de la croissance de notre activité, à business models comparables.
11 %, c’est la croissance du métier titres au premier semestre 2025
Patrick Colle
Depuis que le métier titres a rejoint CIB, les revenus ont pratiquement doublé, tandis que le résultat avant impôts a été multiplié par trois. Cela représente un taux de croissance annuel moyen de 6,5 % sur dix ans.
Vous demeurez néanmoins cinquième mondial en encours, comme il y a dix ans…
Patrick Colle – C’est exact si l’on s’en tient à la seule métrique des actifs en conservation. Mais cette mesure ne rend pas justice à la nature de notre modèle, qui est pratiquement unique dans l’industrie au sens où nous sommes intégrés à une banque d’investissement et de financement, très diversifiés et présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur des marchés de capitaux. Pour résumer, nous opérons simultanément sur le buy-side et le sell-side. Le buy-side nous apporte les actifs, tandis que le sell-side, c’est-à-dire les banques d’investissement, les courtiers, toutes les activités de trading, etc., nous apportent des activités de règlement-livraison (settlements) dont les volumes sont extrêmement élevés. En matière de conservation d’actifs, nous sommes numéro cinq mondial avec plus de 15.000 milliards d’euros. Mais pour ce qui est des opérations de règlement-livraison traitées, nous sommes sur un volume potentiel de 200 millions cette année. Il n’existe pas de classement pour cette activité, pourtant structurante. Un indicateur indirect existe toutefois : l’utilisation de Swift. Nous sommes le deuxième utilisateur mondial de messages Swift titres.
Enfin, il faut dire que le paysage a beaucoup changé depuis six ans. Celui-ci s’est consolidé de manière marquée autour des cinq plus grands acteurs de l’industrie. Derrière l’idée de consolidation, je pense bien sûr aux acquisitions mais aussi à la capacité à attirer de grands clients. Et nous sommes très présents sur ces deux fronts. En témoigne notre récent rachat de l’activité de banque dépositaire de HSBC en Allemagne et, un an auparavant, de ses activités de hedge funds à travers le monde. Et sur le front de l’intégration de nouveaux clients, nous venons de remporter un mandat stratégique auprès d’UniCredit Group pour fournir des services de conservation de titres et de règlement-livraison à ses entités en Italie, en Allemagne et au Luxembourg.
Quels sont les enjeux pour l’industrie autour de cette polarisation des acteurs ?
Patrick Colle – Elle conforte deux convictions : la taille et l’intégration sont devenues déterminantes. Un métier titres peut être robuste de par sa taille, mais il devient véritablement performant lorsqu’il s’inscrit dans une banque disposant d’un CIB puissant et d’un réseau de relations global.
Quand nous avons rejoint la division CIB de BNP Paribas il y a dix ans, c’était un premier niveau d’intégration. Il y a trois ans, nous avons procédé à une fusion juridique de la filiale Securities Services dans le groupe BNP Paribas. Désormais, nous nous présentons aux clients comme une seule et même banque, coordonnant de bout en bout ses contrats, services et produits
Cela vous a-t-il permis de capter de nouveaux segments de clientèle ?
Patrick Colle – En effet, notre métier se caractérise aujourd’hui par une grande diversité de clients : environ 30 % de clients sell-side, 30 % de gérants d’actifs traditionnels, 25 % de détenteurs d’actifs et 15 % de gérants alternatifs. Nous avons aussi établi une présence globale multilocale et un réseau de conservation propriétaire à travers 27 pays, bientôt 28 avec le Canada. Mais un moteur de croissance de cette dernière décennie est dû à l’essor des marchés privés et, par extension, des services d’asset servicing pour les fonds de dette privée et de capital-investissement. Les clients sont souvent des financial sponsors, mais aussi des gestionnaires qui lancent des stratégies de capital privé. Cette activité bénéficie chez nous d’une progression à deux chiffres chaque année.
15.000 milliards d’euros d’actifs sous conservation dans le monde
Patrick Colle
Il nous a fallu créer tout un business, lancé il y a sept ans environ avec le recrutement d’une équipe d’experts. Forts de leur expérience, nous avons bâti une plateforme front-to-back, extrêmement intégrée et automatisée, sur laquelle on a ajouté des partenariats avec BlackRock Aladdin, eFront et des solutions de fintechs, notamment allemandes (AssetMetrix, dont nous détenons 23 %). Cette plateforme relie entre eux les general partners (GP) et les limited partners (LP). Aujourd’hui, 1.200 personnes du métier titres travaillent exclusivement sur les services de private capital. Nous approchons les 1.000 milliards d’actifs sous service pour cette activité, ce qui nous place – hors Etats-Unis – en première position parmi les acteurs bancaires.
Ce modèle multi-asset s’étend-il aussi aux cryptomonnaies ?
Patrick Colle – En ce qui concerne la digitalisation des actifs, les cryptomonnaies ne sont pas couvertes par les services et produits de la banque. En revanche, elle investit fortement dans la « tokenisation » des actifs traditionnels, notamment dans des fonds d’investissement, avec de premières initiatives concrètes et des partenariats technologiques. En octobre, nous avons lancé en Espagne le premier fonds Ucits « tokenisé » avec settlement en temps réel, avec une société de gestion nommée Azvalor, et en août, le premier fonds monétaire « tokenisé », sur la blockchain d’Allfunds, avec BNP Paribas Asset Management.
Cette activité de « tokenisation » pourrait-elle à terme atteindre le même niveau de revenus que l’activité Private Capital ?
Patrick Colle – Il y a dix ans, il y a eu une phase d’euphorie autour de la blockchain, puis tout s’est figé. Depuis peu, des cas d’usage concrets réapparaissent, avec une collaboration intersectorielle plus large. D’ici à 2030, les actifs traditionnels et numériques vont coexister, et notre rôle sera de gommer les frontières opérationnelles entre ces univers.
Nous voulons assurer une transition fluide pour nos équipes et nos clients
Patrick Colle
Comment comptez-vous vous y prendre ?
Patrick Colle – Nous y travaillons, c’est un chantier en cours.
Que change pour vous l’intégration d’Axa IM au sein de BNP Paribas ?
Patrick Colle – Pour BNP Paribas, cette opération est extrêmement stratégique car elle permet la création d’un asset manager de 1.500 milliards d’euros d’actifs, avec des synergies pour l’ensemble des métiers de la banque. Le modèle de banque intégrée de BNP Paribas, dont Securities Services est l’un des piliers, aide beaucoup à générer ces synergies.
Claudine Gallagher, comment abordez-vous les défis technologiques liés au passage au T+1 ?
Claudine Gallagher – Avant que les Etats-Unis ne passent à T+1, nous avions déjà franchi avec succès le cap de T+1 en Inde. Le passage en T+1 impose en effet de revoir tous les processus en amont pour en assurer l’optimisation et l’automatisation. La réduction du cycle de dénouement à un seul jour a donc contribué à limiter encore les risques d’erreurs de settlement. Après une longue préparation, T+1 s’est donc très bien passé outre-Atlantique. En outre, comme nous sommes aux Etats-Unis la seule banque non américaine à être un conservateur local complètement équipé, avec un lien direct avec la Réserve fédérale et la Depository Trust & Clearing Corporation (DTCC), nous avons fait partie des groupes de travail sur le sujet. Nous avons aussi entrepris au préalable une campagne de sensibilisation d’un an auprès de nos clients. Pour le passage de l’Europe à T+1 en 2027, nous déployons d’ores et déjà une approche préparatoire similaire.
Mais l’Europe reste un marché beaucoup plus éclaté que les Etats-Unis ou l’Inde…
Claudine Gallagher – C’est exact, mais le gros des volumes passe par la plateforme Target2-Securities (T2S). Il y aura bien sûr des différences par pays, notamment ceux qui ne sont pas connectés à T2S, mais pour nous, la mise en œuvre de notre programme T+1 sera la même. Nous avons une structure de projet centrale, ainsi que des équipes projet locales. Nous sommes déjà passés en mode projet avec des groupes de travail dans chaque pays.
Où se situent les principaux défis ?
Claudine Gallagher – Il faut que la chaîne front-to-back, c’est-à-dire le processus qui part de l’investisseur initiant une opération jusqu’au conservateur des titres, soit optimisée. A mon avis, le plus gros du travail n’est pas à notre niveau, mais chez les clients, pour qui il est nécessaire d’optimiser les processus d’affirmation et de confirmation des transactions. Sinon, le risque est simple : ne pas transmettre l’instruction à temps.
Plus 1.000 milliards de dollars d’actifs domestiques, c’est l’activité de conservation locale aux Etats-Unis
Claudine Gallagher
Pourquoi une installation au Canada ?
Claudine Gallagher – Nous avons une activité de conservation locale aux Etats-Unis qui vient de passer les 1.000 milliards de dollars d’actifs domestiques, ce qui fait de nous le cinquième acteur du marché. Nos clients américains se développent au Canada et souhaitent y retrouver nos services. BNP Paribas dispose à Montréal d’un centre d’expertise où travaillent 1.400 collaborateurs. L’objectif est d’y proposer nos services à des clients externes début 2027.
Patrick Colle, vous devenez « executive chairman ». Pourquoi créer cette fonction ?
Patrick Colle – Pour assurer une transition fluide pour les équipes et les clients. Je reste également sponsor du Financial Institution Coverage (FIC). J’aurai donc deux casquettes de chairman, ce qui me permet de rester disponible pour Securities Services, mais c’est Claudine qui prend la direction du métier et en pilotera la stratégie. C’est le bon moment aussi pour ce changement alors que le groupe BNP Paribas prépare son plan stratégique 2030.
Comment voyez-vous l’avenir des services titres ?
Patrick Colle – Nous voulons une relation client de long terme, avec un impact positif sur l’environnement et sur nos équipes. Nous avons embarqué nos collaborateurs dans l’élaboration de notre vision pour Securities Services, que l’on a déclinée dans des actions et des objectifs à travers de nombreux groupes de travail et dans toutes nos implantations. Ce sont donc 11.000 collaborateurs qui ont défini notre vision, qui intègre les dimensions de croissance durable et d’impact positif sur la société. Cette approche collaborative permet de préparer au mieux la contribution du métier Securities Services au prochain plan stratégique de BNP Paribas.
Claudine Gallagher, vous prenez les rênes du métier Securities Services au 1er janvier. Quelles seront vos priorités en 2026 ?
Claudine Gallagher – Je fais mon retour dans un métier qui est une success story de BNP Paribas. Dans un environnement de marché en constante mutation, je nous donne collectivement pour objectif d’accélérer la transformation de Securities Services pour continuer à servir au mieux nos clients, en donnant à nos équipes dans le monde les moyens de continuer à bâtir une culture de collaboration, de responsabilité, et d’innovation. Cela passe par offrir des services de bout en bout au sein du modèle bancaire diversifié et intégré de BNP Paribas, dans le cadre de relations étendues avec nos clients.
Est également cruciale à mes yeux notre capacité à offrir la portée et l’ampleur d’une banque mondiale, combinées à l’accompagnement et l’expertise de terrain d’un partenaire local de confiance. J’aurai donc à cœur que Securities Services continue à accroître ses capacités en Europe, et à développer des corridors entre régions pour asseoir sa position de connecteur mondial pour nos clients.
En outre, je veillerai à ce que nous menions un travail de tout instant sur la maîtrise des risques, pour assurer une sécurité maximale des actifs de nos clients, en s’appuyant sur la solidité financière du groupe BNP Paribas et sur la résilience opérationnelle de Securities Services.
Et bien sûr, nous continuerons non seulement à étoffer notre gamme de solutions data et d’asset servicing durable, mais également à les offrir à nos clients à travers une expérience toujours plus digitale et multicanale.
Ces ambitions témoignent, au-delà de la qualité et de l’exhaustivité des services d’asset servicing que nous pouvons offrir à nos clients, de notre volonté d’agir comme un partenaire à impact positif et un accélérateur de leur transformation.

Le parcours de Claudine Gallagher
Avant sa nomination, Claudine Gallagher était responsable des ressources humaines de BNP Paribas CIB Americas et chief conduct and control officer pour BNP Paribas USA et CIB Americas. Spécialiste des services titres, elle a débuté chez JPMorgan et Paribas, avant d’occuper plusieurs fonctions de direction chez BNP Paribas, notamment à la tête de Securities Services Americas. Elle a également siégé pour le compte de la banque au conseil d’administration de la Depository Trust & Clearing Corporation (DTCC) aux Etats-Unis.
Le parcours de Patrick Colle
Patrick Colle est responsable du métier Securities Services et président de Financial Institutions Coverage (FIC) chez BNP Paribas depuis octobre 2022. Il a auparavant dirigé BNP Paribas Securities Services pendant plus de douze ans, de 2010 à 2022, et siège au comité exécutif de BNP Paribas Corporate and Institutional Banking. Fort de plus de 35 ans d’expérience dans les services financiers, il a rejoint BNP Paribas en 2006 après vingt ans, lui aussi, chez JPMorgan, où il a exercé des fonctions de direction dans le cash management, le clearing et la conservation de titres à Paris, New York et Londres, avant de prendre la responsabilité mondiale des ADR (certificats de dépôts américains).
