T+1 en Europe : les défis du cycle de vie des fonds pour les gestionnaires d’actifs

Contrairement aux titres, la transition vers T+1 des fonds européens se fait de façon moins linéaire : les gestionnaires font face à un écart structurel entre le règlement de l’actif et le passif de leurs fonds.

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Le passage à T+1 pour les fonds européens est bien moins linéaire que pour les titres. Alors que la plupart des titres européens sont actuellement réglés en T+2 et le seront à T+1 dès octobre 2027, et que les fonds fonctionnent en moyenne sur un cycle T+3, les gestionnaires font face à un non-alignement structurel entre l’actif et le passif de leurs fonds (souscriptions/ rachats et processus de calcul de la VL). Ceux qui engagent dès maintenant la cartographie de leur gamme de fonds et collaborent avec leurs prestataires de services seront les mieux placés pour transformer ce défi opérationnel en avantage concurrentiel.

T+1 en Europe : un moment clé et une inadéquation structurelle

L’accélération du règlement vers T+1 constitue un moment décisif pour l’industrie européenne des fonds. Mais l’impact sur les gestionnaires d’actifs est fondamentalement différent de tout ce qui a précédé, pour trois raisons :

  • Les fonds européens sont fortement investis dans des classes d’actifs européennes, ce qui signifie que le T+1 affecte le cœur de leurs portefeuilles et non une tranche périphérique – créant ainsi un décalage de liquidité structurel entre actif et passif qui ne peut être géré par des solutions ponctuelles.
  • Les régulateurs et les organismes professionnels de l’UE, du Royaume‑Uni et de la Suisse ont émis des recommandations claires visant à raccourcir les cycles de règlement des fonds à T+2 a minima. Il ne s’agit pas encore d’une obligation réglementaire, mais d’une orientation de marché.
  • Le secteur examine la possibilité d’un passage plus ambitieux à T+1 pour les fonds eux‑mêmes, une évolution qui accentuerait considérablement les pressions concurrentielles et opérationnelles.

Ces éléments obligent les gestionnaires d’actifs à déterminer comment ils souhaitent positionner la liquidité au sein du cycle de vie du fonds et quel niveau d’accélération leurs modèles opérationnels peuvent réellement soutenir.

Aligner ou non le cycle de vie du fonds : un défi majeur du T+1 en Europe

Pour les gestionnaires d’actifs décidant de ne pas raccourcir le cycle de vie de leurs fonds, les impacts sont concrets et durables. Le non‑alignement crée chaque jour un décalage de trésorerie entre les cycles de vie du passif et de l’actif – décalage nettement plus problématique en cas de fortes souscriptions ou rachats, avec le risque de défaut de trésorerie dans les scénarios extrêmes.

Susan Yavari, Directrice adjointe, Capital Markets and Digital chez EFAMA, résume bien le problème : les fonds en T+3 ou T+4 qui acceptent aujourd’hui des titres en T+2 – et devront bientôt le faire en T+1 – subissent un allongement croissant de ce décalage structurel. Plus cet écart s’allonge, plus la gestion devient coûteuse et incertaine.

La High‑Level Roadmap du EU T+1 Industry Committee recommande que les cycles de règlement des fonds évoluent vers le T+2 et si possible vers le T+1, éliminant ainsi le non-alignement ou le réduisant a minima d’un jour.

Considérations stratégiques pour un gestionnaire d’actifs européen : la sélectivité avant les solutions

Avant d’aborder la mécanique opérationnelle d’un cycle de vie du fonds plus court, c’est un véritable changement d’état d’esprit qui est nécessaire. Une approche standardisée et unique pour tous les fonds ne fonctionne pas ici.

Le point de départ de la réflexion est une sélection des fonds : identifier le ou les fonds pour lesquels il est pertinent de réduire le cycle et où cela ne l’est pas. Cette analyse orientera chaque décision opérationnelle à venir.

Tous les fonds ou parts de fonds ne sont pas nécessairement de bons candidats. Un fond fonctionnant en T+4 a généralement une raison structurelle de le faire, à prendre en compte dans l’analyse. Détecter rapidement les exclusions évidentes permet de concentrer les efforts là où ils sont pertinents. Les régulateurs et les organismes de place ont présenté l’alignement T+1 comme une recommandation et non comme une obligation, précisément parce qu’ils reconnaissent cette complexité.

Ce processus de sélection doit également intégrer les effets directs du nouveau règlement européen sur les outils de gestion de la liquidité (gouvernance supplémentaire autour des grosses souscriptions et rachats notamment), renforçant ainsi la pression déjà exercée par le passage à T+1. La meilleure approche est de considérer ces enjeux comme liés et non comme des sujets distincts.

T+1 en Europe : Cartographie de la VL et dépendances de distribution

Le cycle de vie du fonds comprend deux chaînes de processus distinctes que les gestionnaires de fonds doivent examiner lorsqu’ils envisagent d’en raccourcir la durée :

  • La chaine de calcul de la VL : intégration des ordres à l’actif du fonds, valorisation du portefeuille, prise en compte des prix des actifs, des positions OTC, calcul des commissions de performance.
  • La chaîne de distribution : émission des avis d’opérés, traitement des paiements, octroi d’un délai suffisant aux investisseurs pour financer leurs souscriptions.

Ces deux chaînes sont indissociables ; c’est leur durée cumulée qui permet de valider ou non le raccourcissement du cycle de vie du fonds.

Chaque chaîne implique une série d’intervenants – comptables de fonds, centralisateur, prestataires middle‑office, chambres de compensation, courtiers – dont les processus sont interdépendants et souvent peu compressibles.

  • Si un prestataire middle‑office travaille en mode batch et ne livre les données qu’à une certaine heure du jour de transaction, le calcul de la VL ne peut commencer qu’après leur réception.
  • Si un fonds utilise un prix spécifique d’un fournisseur de données financières, le modifier peut nécessiter de renégocier les contrats ou d’accepter un biais de valorisation.

Rien n’est impossible, mais l’exercice consiste à identifier quels éléments sont modifiables et lesquels ne le sont pas. La compression du cycle de vie du fonds pourra impliquer la mise à jour des documents juridiques du fonds (prospectus, KIIDs/KIDs, accords de distribution), où les prix spécifiques, les cut-offs ou les délais de règlement sont contractuellement définis.

Atteindre le niveau adéquat de préparation : tout est question de collaboration 

La notion de préparation telle qu’elle s’exprime dans les communications autour de T+1 est très largement liée aux titres et à leur conservation. Elle ne se transpose pas directement au cycle de vie des fonds pour lesquels aucune date butoir n’est annoncée. La question est donc de redéfinir les processus existants collectivement, avec chacune des parties prenantes.

Plus qu’un exercice de préparation à objectif unique et fixé dans le temps, il s’agit d’une redéfinition collaborative où tous les contributeurs et partenaires se réunissent pour revoir les différents flux. Ces échanges permettent d’identifier les ajustements internes à mettre en place chez le gestionnaire d’actifs afin que le prestataire puisse délivrer le service souhaité plus rapidement, et inversement.

Comment le Métier Titres de BNP Paribas accompagne le passage à T+1 en Europe

Les bénéfices de l’anticipation ne feront que s’accentuer à l’approche d’octobre 2027. Le Métier Titres de BNP Paribas dialogue déjà avec ses clients au sujet du défi que pose le cycle de vie des fonds. Ces échanges s’appuient sur la vision approfondie des processus et des données que nous confère notre rôle de dépositaire et d’administrateur de fonds.

L’approche débute par la cartographie des processus de VL et de Centralisateur pour chaque fond et chaque part de fonds, pour distinguer rapidement les fonds dont la réduction du cycle de vie est possible de ceux où elle ne l’est pas.

A ce stade nous observons 2 types de réactions. Certains clients s’attendent à une transition simple et automatisée de toute leur gamme de fonds vers T+1. Mais en travaillant conjointement sur les données, en analysant les structures de fonds spécifiques (structures poolées complexes, parts de fonds multi‑devises, modalités de valorisation des actifs particulières) la complexité du processus se révèle rapidement. La conclusion peut être que la réduction du cycle n’est pas viable pour une partie importante de leur gamme de fonds et que l’accent devra alors être mis sur une gestion plus fine de la liquidité.

D’autres sont prêts à lancer un projet plus large : filtrer et analyser finement les fonds et parts de fonds, impliquer les prestataires pour redéfinir les processus de manière sélective. Les deux approches sont légitimes.

Au‑delà du cycle de vie des fonds, notre modèle de banque intégrée nous permet d’accompagner les clients sur l’ensemble des sujets de liquidité impactés par le passage à T+1 : outils de gestion de la liquidité, solutions de financement, exécution FX et gestion de trésorerie.

Trois points clés à retenir pour T+1 en Europele calcul de la VL et la chaine de distribution de vos fonds sont des processus d’importance égale par rapport à la durée du cycle de vie du fond. Les deux doivent être entièrement revisités pour identifier toutes les interdépendances avec vos prestataires.

  • Soyez sélectifs : auditez votre gamme de fonds avant de vous engager dans une analyse opérationnelle approfondie. Identifiez les exclusions évidentes, puis concentrez vos ressources sur les fonds où la réduction du cycle est réellement réalisable.
  • Cartographiez les deux chaînes de processus : le calcul de la VL et la chaine de distribution de vos fonds sont des processus d’importance égale par rapport à la durée du cycle de vie du fond. Les deux doivent être entièrement revisités pour identifier toutes les interdépendances avec vos prestataires.
  • Sollicitez vos prestataires dès maintenant : La première étape consiste à lancer dès maintenant un dialogue structuré avec votre banque dépositaire, votre administrateur de fonds, votre centralisateur et autres contreparties.

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